jeudi 18 octobre 2007

Tu me déranges!

Avis : ce récit est tiré de faits réels et pourrait vous arriver
Ce matin, j'attends le métro, l'air de rien. Il arrive, comme d'habitude. J'embarque, comme d'habitude. Je m'entasse, mais c'est normal. Je me replonge dans ma lecture de La Condition Humaine de Malraux, tant bien que mal. J'essaye de garder l'équilibre quand tout à coup, j'entends quelqu'un pouffer de rire en criant : "Steak, blé d'inde, patates!" Je relève la tête, tout en remarquant que je ne suis pas le seul à avoir été tiré de ma bulle par cette étrange exclamation. Ce que je vois et entends alors va rester marqué dans mon cervau, dans le dossier "inexpliqué", toute ma vie :
Ok... l'intérieur du wagon est peinturé en bleu foncé, le plafond en noir (ce qui n'arrange pas l'impression d'étouffement qu'on ressent dans un métro bondé). Il y a comme de vagues mélodies, dignes d'un bébé qui tapoche sur un synthétiseur (ou d'un gars endormi sur son clavier qui se tourne la tête de bord de temps en temps -vive Pérusse-), qui s'enchaînent arrêt après arrêt. Cependant, la pire de ces manifestations, ce sont les monologues. Ouais, une symphonie de rires à vous casser les tympans ou une discussion en anglais qui mène nulle part et encore ce savoureux épisode du mec qui essaie de se souvenir de sa batinsse de recette de pâté chinois. Non, mais... je pense qu'on a tous vu la Petite Vie!
Mon malaise persiste jusqu'à mon arrêt. En sortant, je constate que je ne suis pas seul à avoir une tête, digne d'Obélix, qui me donne l'air de dire : "Ils sont fous ces artistes conceptuels urbains!" En plus, je dois avoir relu le même paragraphe de mon livre quinze fois sans avoir pu finir la page.
Quoi qu'il en soit, cette expérience, qui n'a rien à envier aux virtuoses de l'absurde sous toutes ses formes, dérange. YES! OUI! ÇA DÉRANGE et c'est aussi tout l'intérêt de la chose. Je m'explique : on vit dans une société individualiste où personne ne veut déranger personne pour ne pas être dérangé par personne. Or là, on assiste dans ce wagon du métro de Montréal, à un pétage de balloune individualiste collectif (je pense que je reprends ici l'expression de François Parenteau)! Alors franchement, pour ressentir un petit sentiment de complicité avec un groupe d'inconnus, le matin, dans le métro, ça vaut le dérangement!!